Moissac et le chemin de fer


Moissac a eu affaire trois fois dans son histoire avec le chemin de fer ; trois occasions qui ont marqué profondément l'histoire de cette ville.

Au milieu du 19 ème siècle, la Compagnie du Midi construit la ligne de chemin de fer Bordeaux-Montauban. Jusqu'à Valence d'Agen la ligne a suivi la vallée de la Garonne dans un tracé Nord-Ouest/Sud-Est. Mais à partir de Malause et du confluent du Tarn et de la Garonne, la ligne qui suit la rive droite de la Garonne depuis Langon se heurte à un rétrécissement brutal de cette rive : à cet endroit la Garonne a, dans le passé, largement divagué. En effet, à Saint Nicolas de la Grave à 2 km de la Garonne actuelle, il existe une rue du port, car à une époque, la Garonne passait au ras de ce village. Donc jusqu'à Moissac, la ligne devra suivre le bas du coteau qui surplombe le Tarn. Sur cette rive étroite, elle partage l'espace avec la canal latéral à la Garonne en construction et la Nationale 113. Arrivée à Moissac, la ligne devra se faufiler entre les maisons de la ville, puis bifurquer vers le Sud, traverser le Tarn direction Castelsarrassin.

Depuis Agen, la ligne et le canal latéral à la Garonne ne se sépareront qu'au maximum d'une ou deux centaines de mètres.

Les ingénieurs de la Compagnie prévoient de traverser la ville en passant au pied de l'abbatiale et en démolissant… le cloître et toutes ses dépendances. L'abbaye St Pierre de Moissac a ses origines au VII siècle, mais après de nombreuses vicissitudes, elle fut reconstruite au XI ème siècle et fut rattachée à la prestigieuse abbaye de Cluny. Étape importante du chemin de Saint Jacques de Compostelle, elle fit la richesse des moines et de l'abbé de Moissac. Au XVII ème le déclin est amorcé, accentué sous la Révolution elle fut vendue à un citoyen qui la donna à la ville. Pillée et saccagée en 1793, elle sert de garnison sous le Premier Empire. C'est pourquoi les ingénieurs de la Compagnie, ambassadeurs du Progrès, ont peu de scrupule à projeter de raser cet édifice. Heureusement, de nombreuses protestations permettent d'éviter le saccage : après rectification du tracé, seuls le réfectoire et la cuisine des moines seront sacrifiés.

Sur la photo suivante, on voit bien à l'extrême droite l'angle Nord-Ouest du cloître ; à gauche on distingue une chapelle qui a été épargnée, la construction appuyée sur cette chapelle est un reste de ce qui fut rasé. Tous les bâtiments de chaque côté de la voie font partie de l'abbaye.

Sur la photo suivant, prise dos à la photo précédente, on regarde vers la gare de Moissac : on distingue bien, de l'autre côté du tunnel, la courbe serrée qui a été tracée pour éviter l'abbaye.

Sur cette vue satellite, on devine bien ce qui a été sacrifié : au sud de la ligne, on distingue bien l'abbatiale, le cloître qui lui est accolé (avec le grand cèdre dans la cour) et de l'autre côté de la ligne les autres bâtiments de l'abbaye.


Cet épisode aura au moins le mérite d'attirer l'attention sur Moissac de l’inspecteur général des Monuments Historiques Prosper Mérimée qui fit entamer une restauration du cloître. Même à notre époque les alentours de l'abbatiale sont encore en travaux : dernièrement la rue de l'Abbaye qui passe derrière l'abbatiale et passe devant le musée en aboutissant à la passerelle sur la voie ferrée a été restaurée., la passerelle étant plus discrète.

Photo de l'ancienne paserelle seul lien entre les deux parties des édifices religieux.


Il y a quelques années la place devant l'abbatiale qui servait de parking a été remise dans son état antérieur.

On voit bien que le fameux porche est enterrée de plus de 50 cm, il fallait descendre plusieurs marches pour y rentrer, changeant complétement la perception du tympan.

Voilà la place de nos jours :

On voit bien qu'on a été obligé de faire descendre la place en légers gradins afin de rétablir un accès cohérent par un escalier montant dans l'abbatiale. Le fameux tympan mesurant 6,5 m sur 4,5m inspiré de l'apocalypse de St Jean...

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